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05/04/2013

Dora

dora, minaverry, l'agrumeCa c'est un bel exemple de ce qu'on fait de bien graphiquement et scénaristiquement parlant en BD indé (-pendante ou alternative, comme vous préférez). Avec des traits pleins et ronds un peu comme Marjane Satrapi (Persepolis, Poulet aux prunes, Broderies...) et moins crayonnés que Nancy Pena (Le Chat du kimono tuerie 2011, Les Nouvelles aventures du chat potté), Minaverry l'Argentin, inconnu en France, raconte l'histoire en noir et blanc de Dora. Dora, juive marocaine de 16 dans le Berlin de la fin des années 60, a été transbahutée au gré de l'Histoire entre Paris, Amsterdam, Fez et Berlin. A Amsterdam son père a été déporté vers Aushwitz où il y est décédé, à Féz elle a grandi, à Paris habite sa mère. Et à Berlin elle travaille dans les archives récupérées aux nazis après la fin de la guerre.

Dora n'oublie pas les camps, n'oublie pas son père et n'oubliedora, minaverry, l'agrume Josef Mengele le médecin d'Auchwitz disparu depuis la chute de Berlin. Tous les jours elle photographie les archives concernant les nazis qu'on a pas encore retrouvés avant  Nuremberg, surtout celles qui traitent de Mengele. Elle se fait sa petite collecte d'archives persos, comme un écureuil sa provision de noisettes, jusqu'à ce qu'elle revienne vivre avec sa mère à Paris. A Paris, son histoire et son intrépidité vont lui faire rencontrer de jeunes militants communistes et elle croisera sur sa route les porteurs de valises du FLN. Ce sont ses archives et son amie d'enfance Judith, partie en Argentine avec sa famille qui vont lui ouvrir les portes de l'espionnage et des réseaux d'exflitrations des anciens nazis, réseaux favorisés par les péronistes en place pendant la seconde guerre mondiale. Parce qu'il semblerait bien que Mengele a été reperé en Argentine. La clef de sa mission là-bas réside dans un mystérieux personnage qu'on imagine bien travailler pour le Mossad même si ce n'est jamais dit.

dora, minaverry, l'agrumeDora , c'est tellement de la BD indépendante que c'est seulement quand on a fini l'album qu'on sait que ce n'est pas un one-shot ! Il y a un deuxième tome mais pas de tomaison sur le premier, pas de titre de série et pas titre pour le premier tome. AAAAAAh je suis restée sur ma faim, car Dora m'a complètement scotchée par le dessin et par le fond, parce qu'en plus d'être une histoire avec un petit H en marge de celle avec un grand H, Dora c'est aussi le parcours initiatique d'une jeune fille qui découvre le sexe, les clopes, les causes militantes, la responsabilité de ses actes, la conscience...

 Si vous aimez Dora , alors vous aimerez le premier tome (seul paru pour le moment) d'Ernesto par Gabriel Ippoliti, sur la jeunesse romancée mais peut être pas si fictive que ça du Che.

03/04/2013

La vengeance dans la peau...

la peau de l'ours, zidrou, oriolNon, ici pas de Matt Damon qui lutte pour contre des entités obscures pour venger sa bien-aimée... Ici c'est Zidrou, Oriol et La Peau de l'ours.

En Sicile, dans les années 30, Amadeo est un jeune homme serviable, pas aula peau de l'ours, zidrou, oriol point de détrousser la traînée du village qui l'attend la culotte sur les chevilles à chaque coin de rue, mais suffisament pour lire tous les jours son horoscope à un vieillard aveugle. Celui qui a perdu la vue, attend un message, il ne sait pas lequel mais il sait qu'il le reconnaitra. Mais tous les jours l'horoscope du journal est muet comme une tombe. Une tombe ? Des cadavres ? Il y en a un paquet dans La Peau de l'ours. Au détour des matins muets du journal, le vieillard livre son histoire à Amadeo. Sa vie est une vengeance qui dure depuis 30 ans. Quand le vieillard avait encore ses 2 yeux pour admirer avant de la croquer la croûte dorée de sa Margarita supplément pepperoni, il fut l'homme de main, l'exécuteur du sanguinaire Don Pomodoro, parrain parmi les parrains. Don Pomodoro aimait porter un costume neuf chaque jour, car le sang sur les costumes blancs ce n'est pas chic. Il y eu de tout sur son costume, du la peau de l'ours, zidrou, oriolsang humain, du sang de prostituée, du sang de mafieux voir même du sang d'ours. Oui, d'un ours. Parce qu'au début du siècle vivait un jeune homme qui avait hérité à la mort de ses parents d'une seule et unique chose : un ours de foire. Alors quand Don Pomodoro exécute la pauvre bête (et un nouveau costume, un !), le pauvre garçon ne trouve rien de mieux que de rentrer au service du sanguinaire mafieux pour ourdire une vengeance à faire pâlir la Colomba de Prosper Mérimée. Réussira t'il sa vendetta ou se fera t'il avoir par les beaux yeux de biches de la nièce du mafieux ?

De très beaux dessins et une histoire émouvante sur la vengeance qui appelle la vengeance par l'un des papas de la BD jeunesse L'Elève Ducobu. Avec un Don Pomodoro aux traits coupés au couteau. Et une belle surprise pour moi !

19/02/2013

Les derniers jours d'un humaniste

les derniers jours de stefan zweig, laurent seksik, guillaume sorelDe Stefan Zweig on connait l'oeuvre et l'humanisme qu'il le caractérisait. On connait Le joueur d'échec, La confusion des sentiments ou Vingt-Quatre heures de la vie d'une femme. Mais on connait moins les circonstances qui entourent sa triste mort.

Pourquoi un homme qui croyait tant aux valeurs de l'humanisme se donne t-il la mort ? (Oui pas très drôle aujourd'hui...). La réponse réside assurément dans le contexte mondiale et historique des Derniers jours de Stefan Zweig et dans son exil forcé hors d'Europe. La seconde guerre mondiale et le nazisme sont à l'origine de la fuite des cerveaux les plus grands de l'Europe, Stefan Zweig comme son ami Albert Einstein (à qui il dédia sa biographie de Freud, ou Jung, je ne suis plus très sûre) ne fait pas exception. Ayant perdu la foi dans le genre humain qui le caractérisait, Stefan Zweig s'en est allé d'abord en Angleterre, puis à New-York, et sera accueilli en héros au Brésil.

Le Brésil, là où commence Les Derniers jours de Stefan Zweig de Laurent Seksik et Guillaume Sorel. Je ne peux pas vous parler du roman en lui-même car je ne l'ai pas lu, aujourd'hui pour changer ce sera l'adaptation BD !

Accompagné de sa seconde femme, Lotte, de santé fragile et bien plus jeune que lui, ils fixent leur exil apatride dans la douce ville de Petropolis. Douce et belle est Petropolis, et Sorel lui rend hommage avec des couleurs à la fois pastels et "luxuriantes" (oui une couleur peut être "luxuriante" !) qui contrastent tellement avec la noirceur de l'époque et la désillusion de Zweig en l'espèce humaine que décrit Seksik.

J'ai envie de dire, les couleurs sont pour Lotte, pleines de vie et d'avenir et les mots sont pour Zweig, désabusés et meurtris.

Mais comment vivre dans ce monde qui n'est plus Le monde d'hier*? Les Derniers jours de Stefan Zweig auraient pû s'intituler Les Derniers jours d'un condamné**, dont la fin est à la hauteur de toute l'espérance qu'il plaçait dans le genre humain.

Je salue très sincèrement le travail de Seksik et Sorel. C'est une superbe BD visuellement parlant et le fruit d'un très beau travail entre auteur et illustrateur. Je dis chapeau !

 

* : Stefan Zweig entama son autobiographie Le Monde d'hier, souvenirs d'un européen en 1934 en pleine montée du nazisme et l'envoya à son éditeur la veille de son suicide en 1942. Le Monde d'hier  c'est Zweig dans la vie artistique et intellectuelle du début du 20ème siècle et les profonds changements sociaux et politiques qui ébranlèrent l'Europe à cette époque.

** : roman de Victor Hugo décrivant... tout est dans le titre.