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Même les oies aiment Salinger - Page 3

  • Le Bal des Folles

    Tour à tour institution d’accueil des indigents, puis prison pour femmes, l’hôpital de la Salpêtrière sous la houlette du grand neurologue Charcot accueille à la fin du XIXème siècle épileptiques, « aliénées », hystériques. Pour la première fois de son histoire, l’établissement a une vocation médicale. Ici la maladie est exclusivement féminine et ce sont les hommes qui décident qui y entrent et qui en sort, mais ne rêvons pas cela n’arrive jamais. Puisque la maladie est féminine, le roman l’est aussi.
    Louise, l’«hystérique » de 16 ans rêve d’être la nouvelle Augustine des cours du mardi du neurologue, Thérèse, l’ancienne prostituée devenue « La tricoteuse » n’a rien d’une « aliénée », mais a jeté son amant volage et violent dans la Seine. Eugénie, la nouvelle recrue, jeune bourgeoise visitée par l’esprit de son grand-père défunt, puis par d’autres, est internée par son père. 
    Le jour de son arrivée à la Salpêtrière, ce don qui l’a mené dans ce gynécée neurologique va bouleverser la vie de Geneviève, l’infirmière-cheffe du service, femme austère et rigide
    Chaque année à la mi-Carême est donné le « bal des folles ». Déguisées en Colombine, Arlequin, paysanne ou marquise au milieu du Paris en haut-de-forme et rivières de diamants, on se croirait dans un zoo. On vient de l’extérieur, on observe sans s’approcher entre curiosité malsaine et peur.
    Cet événement exceptionnel qui donne son titre au livre est pour les « aliénées » un espace de liberté. Une catharsis, pendant laquelle elles peuvent enfin être elles-mêmes, un petit moment de gloire, où la liberté et l’émancipation sont autorisées. Vous le saurez si vous finissez le livre.
    Le terme « aliéniée » ici dérange. Sous un même mot, la société d’alors fourre sans distinction aucune toutes les femmes qui dérangent. Qu’elles souffrent de maladies neurologiques autant que psychiatriques, qu’elles soient mendiantes, prostituées, qu’elles aient voulu s’émanciper de la violence d’un mari, d’un amant, qu’elles aient voulu vivre autrement ou qu’elles soient simplement différentes, elles sont « aliénées » puisqu’elles ne rentrent pas dans la norme.
    Ici les hommes font du mal. Ils violent les patientes et les brisent à nouveau. Ils expérimentent, reproduisent les crises d’hystérie douloureuses à l’infini au nom de la science. Ils blessent et décident. Ils sont peu présents dans le roman mais pourtant omnipotents.
    Le Bal des folles de Victoria Mas dénonce tout autant les conditions de soins des ces femmes, que LA condition de la femme qui a certes évoluée, mais pas suffisamment encore.

  • Loup, que fais tu ?

    Daphné à qui la vie sourit, est mariée à un homme parfait, brillant, séduisant et attentioné qui lui a donné deux charmantes petites filles. Daphnée, femme épanouie dans son travail mène sa carrière de front tout comme sa vie de famille même si son poste l'amène à s'éloigner chaque semaine du cocoon familliale. C'est lorsque son aînée, en pleurs lui demande de ne plus s'absenter car quand elle n'est pas là le loup vient et qu'elle en a très peur, que le tableau parfait commence à se fissurer pour finir par voler en éclat. Daphnée questionne comme elle peut sa fille en essayant de ne pas mettre les mots d'adultes sur les sombres confidences de la petite fille. Elle ne peut pas croire que l'homme qu'elle aime puisse être le pervers décrit. Et pourtant... Daphnée se prend la réalité sordide du quotidien de ses filles en pleine face. Lorsqu'elle décide de prendre les choses en main, c'est le système judiciaire français et toutes ses ambiguïtés qui va noircir encore plus le tableau. De victime à coupable c'est le combat d'une mère pour arracher ses enfants à l'abject et l'ignominie, et un plaidoyers pour une justice plus... juste.
    Tous les bourreaux, violeurs et criminels sont les fils d'une mère, et c'est à celle de son mari que Daphnée adresse la lettre qui tient lieu de roman. Le combat de Daphnée deviendra également celui de cette femme qui pensait son fils parfait.
    Il n'est pas fréquent qu'un homme écrive le combat d'une femme et je salue Mathieu Menegaux pour cela avec son Un fils parfait.

  • Du temps où nous étions sauvages

    Karen joy Fowler, nos années sauvagesAttention, malgré ce qui suit ce livre n'est ni un roman noir, ni un thriller.
    Rosemary a une famille tout ce qu'il y a de plus normal et conventionnelle : un père et une mère attentifs à leurs enfants, Lowell, un grand frère protecteur et une sœur jumelle, Fern. Tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu'à la disparition de celle-ci à l'âge de 5 ans. Disparue de la circulation, plus de traces d'elle, seuls restent les souvenirs. Le sujet est tabou, personne n'en parle dans la famille et pourtant chacun souffre en silence du manque et de l'absence en remâchant sa responsabilité. Comme on s'en doute, la disparition de Fern fait voler en éclat le tableau de la famille parfaite. Ce n'est qu'arrivée à l'âge adulte que Rosemary prend pleinement conscience de la responsabilité de ses parents dans l'éclatement de sa famille et avec quelle violence ils leur ont infligé la douleur de la séparation, bornés qu'ils étaient à n'écouter que leurs petits ego. Oui Fern était particulière un être à part qui n'aurait jamais dû disparaître au risque de briser des êtres à qui l'on a demandé de l'aimer et la chérir comme un membre à part entière de la famille, mais surtout Fern n'aurait jamais dû faire son entrée dans la famille Cook. Karen Joy Fowler nous parle dans Nos années sauvages avec humour, tendresse mais aussi sans concession, de ce sentiment qu'ont les hommes à se sentir toujours supérieurs aux animaux, de la violence infligés à ceux-ci sous couvert de la science et d'une famille brisée par l'ego de ses parents.